Et c'est bien là le plus inquiétant.

Si il est important que chacun entretienne les liens avec ses origines, comment imaginer que sous couvert de cette nécessite, il soit acceptable de tolérer des dérives vers les plus barbares des us et coutumes ?
Si, comme c'est souvent le cas dans les usages familiaux pakistanais, l'enfant qu'il était s'est vu recevoir le traitement d'un petit roitelet , c'est à dire celui réservé au descendant mâle sacralisé au point d'en faire une apologie démesurée , on lui inculque des valeurs traditionnelles jugées indispensables à l'enracinement au pays d'origine, pour lesquelles il devient urgent de se poser des questions.
Par ailleurs, si comme je le pense on lui a laisser entendre depuis le plus jeune âge que la femme n'est rien d'autre qu'un réceptacle à spermatozïdes sensé perpétuer la lignée, et accessoirement lui servir de paillasson ou il pourra indéfiniment essuyer ses babouches, on obtient un début d'explication sur la motivation de son acte.

Ajoutez à ça une probable carence en neurone, vous obtenez tous les ingrédients nécessaires au cocktail infernal qui a fait de ce sombre abruti l'immonde bourreau de l'infortunée jeune fille dont le malheur n'aura été que croiser son chemin.

Jeune fille dont on ne peut qu'être admiratif du courage devant l'épreuve, et d'oser s'attaquer à cette chape de plomb que les obscurantistes les plus radicaux entretiennent soigneusement à grand coup de menaces physiques et morales sur celles et ceux qui refusent l'ignominie.
Chaharazade a choisi de faire de son martyr un combat qui est loin d'être gagné d'avance, tant les plus archaïques traditionalistes se foutent éperdument de l'enfer qui lui a été infligé.
Pire, elle devra aussi se heurter aux dommages collatéraux que leurs thèses jusqu'auboutistes ont laissé sur les mentalités de certains jeunes qui n'hésitent plus à revendiquer les bienfaits d'un recours à la punition pour les femmes indisciplinées ou insoumises, et applaudissent leurs bourreaux.

Pour ceux qui auraient oublié, le cas édifiant de la petite Sohane en 2006 (dont la stèle du souvenir a été maintes fois vandalisée) est l'illustration malheureuse de ce phénomène comportemental.

Souhaitons donc à Chaharazade d'avoir la force de surmonter les obstacles qui vont se dresser en face d'elle tout en menant à son terme son difficile travail de reconstruction physique et psychologique.

Quant à son tortionnaire, que son âme prenne tout son temps pour se décomposer à l'ombre de son trou, même si de 20 ans il ne fera probablement que la moitié.

Reste pourtant ce questionnement : La lourdeur de cette sanction aura-t-elle un quelconque effet sur les futurs candidats à la barbarie restés dehors ?
Ou sous une autre forme, un dévasté du clairon capable d'immoler son prochain juste pour calmer sa frustration est-il en capacité intellectuelle de prendre la mesure d'une telle peine ?

Rien n'est moins sûr...