Comme souvent, nous regarderons passer le train de ceux qui ont eu le cran de bousculer leurs dogmes en légiférant intelligemment, et nous nous essoufflerons à accrocher le wagon de queue en aménageant un texte ou en bricolant une loi entre "cuir et chair", de préférence suffisamment ambigüe pour laisser une marge de manœuvre à quelques gardiens de nos moralités qu’il convient de ne pas heurter.

Ceux là même qui, deux mois durant, nous ont assuré qu’ils savaient ce que Chantal Sébire endurait, qu’ils comprenaient son désespoir, qu’ils compatissaient... mais qui visiblement s’accommodent beaucoup mieux des 15000 euthanasies pratiquées chaque année dans l’anonymat monastique de l’hôpital, que de la perspective d’une simple remise en question de leurs sacro-saints repères éthiques et de leurs principes judéo-chrétien (ou que sais-je...), à l’abri desquels il est tellement plus raisonnable de se planquer.

Il faudra qu’on m’explique de quel droit ces "inspirés qui savent", anonymes ou pas, peuvent prétendre un seul instant avoir la moindre idée du cauchemar permanent qui a ravagé cette pauvre femme pendant 8 ans, au point d’avoir la malhonnêteté d’en juger le combat et d’en tirer des conclusions qui ne sont que le reflet égoïste de leurs convictions et croyances ?

Combien de temps avant que ne se lassent ces évangélistes de la morale universelle qui n’ont cessé de "se mettre à sa place", et de lui conseiller d’aller se suicider toute seule dans son coin en évitant si possible, d’encombrer la bonne conscience publique de son cas personnel ?

Probablement pour un bon moment encore, si l’on s’en tient au ramassis d’insanités diffamatoires que Mme Boutin, visiblement incapable d’endiguer la frénésie d’un fondamentalisme judéo-chrétien qui la déborde de toute part, à cru bon de déblatérer aux auditeurs de RMC/BFMTV et à son animateur qui l’interrogeait sur le sujet :
RMC - Interview C.Boutin - 5:07' :



J’ai déjà entendu, dans ce monde de communication ou rien n’échappe aux médias, des propos bien moins vindicatifs sur des sujets bien moins sérieux, être frappés du sceau de la calomnie et traités comme tels !

Avec des "avocats" comme Christine Boutin gravitant dans les couches supérieures de l’exécutif, on ne s’étonnera donc pas de voir déferler les amalgames imbuvables véhiculés par les partisans autoproclamés de la vie à n’importe quel prix, et les inepties prophétiques des catastrophistes qui brandissent le spectre d’une solution finale à la piquouze dans les maisons de retraite, si l’état avait la mauvaise idée de légaliser une mort assistée.
Encore moins de raison d’espérer que soient traités avec le mépris qu’ils méritent, les illuminés du jugement divin universel qui se disent prêts à rappeler aux enfants de Chantal Sébire détruits par l’agonie de leur mère, que seul dieu peut décider du sort de chacun des mortels, et que toute autre intervention que la sienne rangerait son auteur au rang de criminel.

Et au milieu de ce délire surréaliste ou tout le monde y va de sa dissertation sur la souffrance, l’acharnement thérapeutique, le suicide, il en est même qui ont vu dans le combat ultime de Mme Sébire sa volonté d’instrumentaliser l’état français afin d’exiger qu’il se substitue à son impuissance à se donner la mort elle-même.
Ben voyons..

Et puis il y a ceux qui considèrent que la science avance à pas de géant et qu’il est donc urgent d’attendre.
Attendre, pour ceux qui vont mourir demain ou après demain ?!
Attendre quoi ?... Que chaque mot soit un cri ? Chaque souffle un râle ? Chaque regard une supplique ?

Car contrairement à ce que les allégations hystériques de Mme Boutin veulent laisser croire, il existe une limite aux capacités de nos médecins à atténuer les morsures d’une agonie en fin de parcours, et ce, même si le patient est plongé dans un coma artificiel.
Ne pas intégrer ce paramètre indiscutable, c'est tourner le dos à une attitude responsable et courageuse.


Devoir, principes et courage, Mme la secrétaire d'état en puise les ferments dans son missel...
Les puiser dans ce genre de témoignage lui épargnerait le ridicule :




Ceux qui ont vécu l’agonie d’un proche jusqu’au bout savent à quel point toutes ces leçons d'éthique de café du commerce et ces analyses philosophiques à deux balles sont à des années lumières de la réalité.
Clouer le bec à ces marchands de vérités toutes faites est peine perdue. La prise de conscience de l’étendue de leur ignorance ne se fera que si le destin leur joue le mauvais tour de les amener un jour à plonger leur regard dans celui d’un être cher qui se sait perdu. Quel que soit le courage de celui-ci, je peux vous dire que ce qu’ils y découvriront les vaccinera durablement contre les postures intellectuelles hasardeuses.
Car ce qu'ils vont y voir, c'est un terrible mélange de terreur et de désespoir qui va, sans qu’il ne le sache encore, marquer leur mémoire au fer.

Ils n'auront d'autre choix que de regarder, impuissants, la mort faire son travail. Ils se seront d’abord torturés pour imaginer d’autres soulagements à cette vie qui en va. Puis en désespoir de cause, ils en seront réduits à se torturer encore pour essayer de comprendre l’enfer qui hante ses dernières pensées, tenter de communier pour partager cette souffrance, pour en prendre un peu à sa charge…
A cette minute là, il n’y aura ni éthique, ni loi, ni morale, ni débat d’idées, ni dieu et encore moins Christine Boutin...

Alors oui, et trois fois oui, Chantal Sébire à eu raison de consacrer les dernières heures de sa vie et sa lucidité à secouer nos préjugés sur l’accompagnement des malades en fin de vie, et de la volonté de certains de "s’imposer" à la mort avant qu’elle ne les cueille, comme un ultime sursaut de dignité ..

Oui, et trois fois oui, elle force l’admiration pour avoir su, alors que son cerveau sortait inexorablement de son crâne, passer au dessus des indélicats qui se sont appliqués à lui expliquer que sa lucidité intacte et les pompes à morphines étaient deux bonnes raisons d’attendre que la mort fasse son office…

Oui, et trois fois oui il est temps que la France se décide à réfléchir sur les modalités d’une loi claire et courageuse, solidement encadrée de garde-fous drastiques, construite autour de tous les acteurs médicaux, sociaux, familiaux, religieux et capable de dire distinctement et sans ambigüité pour qui, quand, comment et ou elle pourra s’appliquer.

Et non pas cette parodie de texte qui dans l’état, permettrait de renvoyer aux assises celui ou celle qui aurait versé la substance létale dans le verre de Chantal Sébire… et laisserait libre ce même intervenant s’il avait préféré laisser un révolver chargé sur sa table de chevet…