Le mémorial en culotte courte...
Par eric le mercredi 27 février 2008, 21:03 - "actualité" - Lien permanent
Tout le monde le sait depuis longtemps, ce rendez-vous annuel du CRIF prend la forme d'un diner convivial et informel pour mieux permettre à quelques hypocrites de taire une réalité bien moins glamour : cet évènement mondain n'est rien d'autre qu'une formidable démonstration de lobbying communautaire auquel le gratin du trombinoscope politico-religieux vient rituellement faire allégeance.
Ne pas le voir serait une ode à la langue de bois ! Disons les choses,
c'est avant tout l'occasion pour l'exécutif en place, de prendre connaissance
des doléances, pour ne pas dire exigences, des très influents et très
respectables dignitaires de la communauté juive de ce pays, et de s'y
conformer.
C'est aussi le moment pour nos gouvernants, de prendre leur leçon annuelle
de politique socio-culturelle, mais surtout de prendre connaissance du cahier
des charges à tenir en terme de politique internationale et tout
particulièrement dans le conflit israëlo-palestinien.
Le doigt sur la couture du pantalon...
Galouzeau, à qui il était reproché l'impuissance de l'état à enrayer l'antisémitisme ambiant, y avait reçu l'an dernier une fessée en public sans broncher d'un cil, pendant que nos candidats à la présidentielle étaient venus au pas de course, montrer à la communauté qu'ils n'oublieraient personne...
Cette année, rien de tout cela. En Sarkozie, la filiation est désormais quasiment inscrite dans textes ! Et notre président, dont les turpitudes compassionnels et les égarements mystiques sont devenus quotidiens, ne pouvait que voir dans ce diner du CRIF, un auditoire naturellement prédisposé à avaler quelques unes des inepties dont il a le secrèt. Il était à redouter qu'une d'entre elles ait pour thème la shoah.
Bingo..
Ce pétard balancé ce soir là dans la cour du devoir de mémoire, aura à nouveau puisé son souffle dans l'exploitation inconsidérée de l'émotionnel et du pathos. Que les évidents relents clientellistes de telles méthodes transpirent à grosses goutes ne semble pas gêner le président aux entournures.
La sauvegarde de la memoire collective des petites victimes juives du génocide nazi passera par les directives de Nicolas Sarkozy...
Qu'on se le dise.
Qu'importe donc qu'on colle sur le dos de nos mômes ce fardeau de l'histoire et qu'on en fasse les gardiens à vie désignés de la mémoire d'un mort.
Qu'importe que le souvenir de ce défunt là paraisse plus digne d'être parrainé que celui de n'importe quel autre enfant martyr de n'importe quelle autre ignominie de l'humanité.
Qu'importe que cette disposition irreffléchie n'engendrent avec quasi certitude d'inévitables fractures culturelles au moment de son application.
Qu'importe que les parents aient légitimement leur mot à dire sur ce qui pourrait être perçu comme un formatage de la mémoire de leurs enfants.
Qu'importe enfin, que les enseignants puissent percevoir cette mesure comme l'étallage de leur insuffisance à façonner l'intellect de leur jeune auditoire sur ce pan de l'histoire.
Qu'importe tout cela, pourvu que planne pour la postérité de la cinquième (et sur le livre d'or du CRIF), l'ombre de Nicolas Sarkozy et de sa contribution à la sauvegarde du souvenir de l'hollocauste.
La réaction de Simone Veil à l'annonce même de ce déballage de stupidités en dit long. Celle qui a été meurtrie dans sa chair venait de prendre instantanément la mesure de tels propos et avait spontanément perçu le danger qu'ils feraient planner sur le fragile équilibre inter-communautaire que notre démocratie pluri-culturelle a tant de mal à préserver.
Si Melle Mignon, l'incontournable conseillère du "château" et brillante génitrice de l'idée lumineuse de ce parrainage morbide, avait une fois dans sa vie, pris la peine de connecter son cerveau d'énarque aux réalités de ce pays, elle aurait constaté quelques vérités qui l'auraient incité à la refflexion. Elle aurait entre autre constaté que dans son pays, les motifs de stigmatisation et les clivages de toutes origines sont loin de faire défaut, et que bon nombre de préjugés et d'amalgames ont la vie dure. Que ces travers ont depuis longtemps passé les portes de l'école ou ils trouvent un échos de plus en plus préoccupant. Que les prescriptions religieuses chaque jour plus affichées et revendiquées, prennent des proportions telles qu'on en arrive à des extrémités ubuesques ou certains gosses refusent de se laver les mains sous le même robinet que leurs petits camarades "impurs" parce que de confession diffèrente!..
Elle aurait pu aussi constater que le confflit israëlo-palestinien est lui aussi descendu dans les cours de récréations depuis belle lurette et que les manifestations identitaires souvent aussi violentes que racistes font partie du quotidien du personnel de l'éducation nationale.
Tout cela existe Melle Mignon, et c'est en France...
Vos conseils ne seront donc pas de trop pour l'enseignant de l'école primaire de Vaulx en Velin ou de Sarcelles, au moment de l'application de votre idée de génie à une classe composée aux deux tièrs de gamins élevés dans des familles musulmanes, auxquelles il faudra faire accepter la nécessité de ranger au placard des préjugés parfois ancestraux et pour certains tenaces, et accepter sans sourcilier que leurs mômes aient l'obligation de prendre en charge la mémoire d'un enfant juif, aussi martyr soit-il...
Vous aurez alors tout loisir de lui indiquer comment le faire sans que ne soient réactivées de vieilles rivalités en sommeil précaire qui ne demandent qu'à se réveiller.
A ces gamins qui ont grandi dans des environnements ou ils entendent les plus grands s'approprier le sort des palestiniens qui crèvent à Gaza et qui affichent de plus en plus clairement leur ressentiment envers les juifs, nous vous laisserons le soin d'expliquer pourquoi ils auront le devoir de veiller au souvenir d'un enfant juif mort de l'horreur nazie en 1944, et pas à celui d'un petit gazaoui tombé le matin même sous les balles de Tsahal pour un bout de terre à oliviers dévolu à un colon israelien...
Quand à ceux pour qui cette mesure n'a pas lieu de raviver clivages interreligieux, querelles historiques ou différents politiques, il leur est permis de s'interroger sur l'impact d'une telle charge psychologique sur l'inconscient de ces gosses de CM2.
C'est sous la menace de ces incertitudes que même en terre d'Israël on n'a pas donné suite à cette idée qui avait pourtant été évoquée. Selon le même principe de précaution, l'entrée du grand mémorial de la shoah sera interdit aux enfants de moins de douze ans.
Du bon sens.
Et de bon sens, il semble qu'au moment de publier ces lignes il en soit devenu question et que nos "sages" aient décidé de jeter au panier la "boulette" élyséenne.
A la bonne heure..
Souhaitons à Melle Mignon quelques "râteaux" du même genre pour l'avenir, et conseillons lui un séjour prolongé dans une secte de son choix. Changer un temps de gourou lui fera le plus grand bien.
Et pour les idées a la con, qu'elle se rassure, notre président se
débrouillera très bien tout seul...



Commentaires
Cela faisait (trop) longtemps que je n'étais passée te lire. Quelle erreur.
Faut que je revienne m'installer un peu dans tes colonnes.
Et prendre le temps de lire tout cela (et le reste) qui me parait une analyse, ma foi, bien intéressante.
Merci de ta visite Dom...
Tu es ici chez toi.
Eric.