Gifle à haut risque...
Par eric le dimanche 3 février 2008, 12:40 - "General" - Lien permanent
Jean Dell - L'instituteur
(durée: 0:03:00)
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Toute plaisanterie mise à part, j’ai bien peur que cet excellent sketch n’élève son brillant auteur au rang de visionnaire.
En enregistrant ce texte, Jean Dell se doutait-il que sa fiction burlesque allait prendre aussi rapidement les chemins de la réalité ?
L’actualité lui donne une réponse sans équivoque.
Et au milieu des éclats de rire qu’il déclenche, ceux du corps enseignant prennent une coloration jaunâtre et des allures de rictus. Et on peut le comprendre.
Car s’il est une corporation qui se trouve de fait en première ligne de ce cancer social qu’est l’avènement du règne de l’enfant roi dans nos sociétés futures, c’est bien celle-ci.
Malheureusement le mal est déjà profond et les invraisemblances auxquelles nous assistons sans réagir vont inévitablement en entraîner d’autres qui risquent bien de franchir allègrement les barrières de l’entendement.
Aller coller un prof et ses 30 ans de carrière irréprochables en garde à vue
pour une gifle assénée à un morveux de 11 ans mal élevé, voilà un scénario que
le plus minable des réalisateurs de la plus minable des fictions de la plus
minable des chaînes grand public, n’aurait pas osé mettre en scène.

Ceux qui croyaient avoir tout vu en seront pour leur frais.
Donner du crédit à des parents qui s’indignent de voir les copies de leur progéniture corrigées à l’encre rouge "traumatisante", qui voient une stigmatisation raciale dans l’utilisation des mots "tableau noir", ou qui exigent le vouvoiement à l’endroit de leur rejeton de 8 ans, dénote de la plus morne des conneries, et en dit long sur l’aliénation collective que ce culte de l’enfant est en train de générer dans notre société.
Dans le même registre, 2007 a vu une recrudescence spectaculaire des présentations en conseils de discipline assistées de l’avocat de la famille, sans que personne n’ait l’air de s’en étonner.
C’est devant des dizaines d’aberrations de ce type toutes plus insensées les unes que les autres, et malheureusement quotidiennes, que nous nous sommes laissé glisser mollement dans cette forme de résignation dans l’absurde et la démesure qui prêterait à rire si les traces qu’elle commence à laisser ne devenaient pas inquiétantes.
Nous marchons sur la tête ? Qu’à cela ne tienne…
Faire marche arrière serait un aveu cuisant de cette dérive vers l’irrationnel dont personne ne veut entendre parler, surtout pas les politiques et encore moins les parents.
Fourrer ou non un téléphone portable dans le cartable de nos tètes blondes dès le CM1, veiller à ce qu’ils aient bien aux pieds la dernière Nike qui les mettra à l’abri des railleries et de la dictature des marques, palabrer inlassablement sur des repas scolaires qui tiennent compte des caprices et des appartenances communautaires de chacun, s’interroger sur la possible confusion que pourrait faire naître la symbolique du sapins de Noël sous un préau, voilà qui en va de leur équilibre futur !
Que leur niveau scolaire glisse lentement vers ce qui se fait de pire en en Europe n’est visiblement qu’accessoire.
Mon fils est intelligent et bien élevé, que l’administration fasse son travail !
Jusqu’ou ira cette dérive protectionniste qui enferme nos enfants dans des cocons et qui les surprotége de réalités qu’ils prendront tôt ou tard en pleine gueule ?.. L’interminable liste des incohérences dont nous avons fait des principes nous ont amenés à sacraliser l’enfant au point de lui faire croire que le reste du monde est à la disposition de ses humeurs, croyances et goûts tout en l’exonérant totalement de renvoyer aux adultes les valeurs qu’il exige d’eux.
Et en famille, le schéma n’est pas différent.
Chez combien de gosses les mots "respect" et "politesse" sont devenus des revendications plutôt que des devoirs ?
Dans combien de famille la question : "as-tu été sage à l’école aujourd’hui ?.." est remplacée par : "la maîtresse a été gentille avec toi aujourd’hui ?.." ?...
Combien de fois entend t-on : "Que veux-tu manger?" à la place de : "Viens manger" ?...
Combien de fois : "Je veux une Nintendo DS" remplace : "Je voudrai une Nintendo DS" ?...
La débauche d’études sociologiques et d’ouvrages de pseudo psychiatres dénonçant, qui la punition, qui la fessée et vantant les mérites de l’épanouissement de l’enfant par l’expression débridée des facettes de sa personnalité, si excentriques soient-elles, n’a pas manqué de contribuer à ces dérives.
A force de faire croire à des générations entières de parents qu’une taloche les assimile immédiatement à d’inqualifiables tortionnaires, ou qu’une punition inadaptée peut faire de leurs mômes des polytraumatisés, nous assistons à des situations de plus en plus ubuesques dans lesquelles des familles entières fonctionnent selon les commandements, exigences et dictats d’un seul gamin, qui lui, a parfaitement compris ou se trouve son intérêt.
C’est bien ce qui pend au nez de ce papa gendarme, qui, non content d’avoir si bien élevé son môme qu’il en insulte ses professeurs, se permet de faire intrusion dans l’école en uniforme et de faire étalage des principes de sa justice à lui, qui apparemment ont eu du mal à dépasser les bords de son képi.
Voilà un gamin mal poli et mal élevé de plus, à qui on vient de faire passer le message que ses agissements, quels qu’ils soient, seront cautionnés, et que les limites de ses débordements futurs seront extensibles à merci.
Quand ce père subira à son tour les excès comportementaux détestables que son idolâtrie paternelle aura fait naître chez son fils, peut-être regrettera t-il de ne pas avoir laissé à cette baffe malencontreuse, la dimension qu’elle n’aurait jamais du cesser d’avoir.
Celle d’un incident entre un garnement grossier et un prof excédé qui aurait du se régler entre "belligérants" et à huis clos dans un bureau de l’établissement.
Triste société, tout de même, qui en est arrivée à propulser la taloche d’un adulte sur la joue d’un morpion de 11 ans, à la une de tous les journaux nationaux !
Si toutes celles que j’ai ramassées avaient subi le même traitement, j’aurai probablement mon nom placardé sur tous les murs.

Ceux qui croyaient avoir tout vu en seront pour leur frais.
Donner du crédit à des parents qui s’indignent de voir les copies de leur progéniture corrigées à l’encre rouge "traumatisante", qui voient une stigmatisation raciale dans l’utilisation des mots "tableau noir", ou qui exigent le vouvoiement à l’endroit de leur rejeton de 8 ans, dénote de la plus morne des conneries, et en dit long sur l’aliénation collective que ce culte de l’enfant est en train de générer dans notre société.
Dans le même registre, 2007 a vu une recrudescence spectaculaire des présentations en conseils de discipline assistées de l’avocat de la famille, sans que personne n’ait l’air de s’en étonner.
C’est devant des dizaines d’aberrations de ce type toutes plus insensées les unes que les autres, et malheureusement quotidiennes, que nous nous sommes laissé glisser mollement dans cette forme de résignation dans l’absurde et la démesure qui prêterait à rire si les traces qu’elle commence à laisser ne devenaient pas inquiétantes.
Nous marchons sur la tête ? Qu’à cela ne tienne…
Faire marche arrière serait un aveu cuisant de cette dérive vers l’irrationnel dont personne ne veut entendre parler, surtout pas les politiques et encore moins les parents.
Fourrer ou non un téléphone portable dans le cartable de nos tètes blondes dès le CM1, veiller à ce qu’ils aient bien aux pieds la dernière Nike qui les mettra à l’abri des railleries et de la dictature des marques, palabrer inlassablement sur des repas scolaires qui tiennent compte des caprices et des appartenances communautaires de chacun, s’interroger sur la possible confusion que pourrait faire naître la symbolique du sapins de Noël sous un préau, voilà qui en va de leur équilibre futur !
Que leur niveau scolaire glisse lentement vers ce qui se fait de pire en en Europe n’est visiblement qu’accessoire.
Mon fils est intelligent et bien élevé, que l’administration fasse son travail !
Jusqu’ou ira cette dérive protectionniste qui enferme nos enfants dans des cocons et qui les surprotége de réalités qu’ils prendront tôt ou tard en pleine gueule ?.. L’interminable liste des incohérences dont nous avons fait des principes nous ont amenés à sacraliser l’enfant au point de lui faire croire que le reste du monde est à la disposition de ses humeurs, croyances et goûts tout en l’exonérant totalement de renvoyer aux adultes les valeurs qu’il exige d’eux.
Et en famille, le schéma n’est pas différent.
Chez combien de gosses les mots "respect" et "politesse" sont devenus des revendications plutôt que des devoirs ?
Dans combien de famille la question : "as-tu été sage à l’école aujourd’hui ?.." est remplacée par : "la maîtresse a été gentille avec toi aujourd’hui ?.." ?...
Combien de fois entend t-on : "Que veux-tu manger?" à la place de : "Viens manger" ?...
Combien de fois : "Je veux une Nintendo DS" remplace : "Je voudrai une Nintendo DS" ?...
La débauche d’études sociologiques et d’ouvrages de pseudo psychiatres dénonçant, qui la punition, qui la fessée et vantant les mérites de l’épanouissement de l’enfant par l’expression débridée des facettes de sa personnalité, si excentriques soient-elles, n’a pas manqué de contribuer à ces dérives.
A force de faire croire à des générations entières de parents qu’une taloche les assimile immédiatement à d’inqualifiables tortionnaires, ou qu’une punition inadaptée peut faire de leurs mômes des polytraumatisés, nous assistons à des situations de plus en plus ubuesques dans lesquelles des familles entières fonctionnent selon les commandements, exigences et dictats d’un seul gamin, qui lui, a parfaitement compris ou se trouve son intérêt.
C’est bien ce qui pend au nez de ce papa gendarme, qui, non content d’avoir si bien élevé son môme qu’il en insulte ses professeurs, se permet de faire intrusion dans l’école en uniforme et de faire étalage des principes de sa justice à lui, qui apparemment ont eu du mal à dépasser les bords de son képi.
Voilà un gamin mal poli et mal élevé de plus, à qui on vient de faire passer le message que ses agissements, quels qu’ils soient, seront cautionnés, et que les limites de ses débordements futurs seront extensibles à merci.
Quand ce père subira à son tour les excès comportementaux détestables que son idolâtrie paternelle aura fait naître chez son fils, peut-être regrettera t-il de ne pas avoir laissé à cette baffe malencontreuse, la dimension qu’elle n’aurait jamais du cesser d’avoir.
Celle d’un incident entre un garnement grossier et un prof excédé qui aurait du se régler entre "belligérants" et à huis clos dans un bureau de l’établissement.
Triste société, tout de même, qui en est arrivée à propulser la taloche d’un adulte sur la joue d’un morpion de 11 ans, à la une de tous les journaux nationaux !
Si toutes celles que j’ai ramassées avaient subi le même traitement, j’aurai probablement mon nom placardé sur tous les murs.



Commentaires
Bravo.
Un de tes meilleurs articles depuis bien longtemps.
J'ai moi aussi été choqué par cette "information" relatant ces faits lamentables qui mettent en exergue la position de plus en plus dominante des enfants face à leurs aînés... Il est plus que temps qu'on leur foute des pieds au cul si ils dérivent avant qu'il ne soit trop tard et qu'ils se retrouvent encagoulés dans la rue à "niquer la justice".
Merci du compliment.
En effet, il est plus que temps de redescendre sur terre et en priorité à l'école.
Quand on voit certains directeurs d'établissements mièlleux, carrément lâcher (quand ils ne les accusent pas !) leurs professeurs malmenés, par soucis d'éviter des vagues qui remonteraient jusqu'au rectorat, on se dit que les choses ne sont pas prêtes de changer.
De cette peur du politiquement incorrect et du jugement populaire, est née cette espèce de complaisance embarrassée qui s'apparent de plus en plus à de la résignation, voire de la soumission.
Et certains mômes ne se sont pas fait prier pour capter le message inscrit dans ce constat !
Résultat: même dans la traitement de mini conflits au sein de l'établissement, la version du personnel encadrant est très souvent remise en doute au profit de celle de l'élève.
Les déclarations à charge et ouvertement hostiles du directeur de l'école à l'encontre de ce prof mis en examen pour cette gifle en sont la parfaite illustration.
Enfin un article juste et plein de bon sens. Je commence tout juste ma troisième année en tant qu'enseignante et déjà je sais que je ne tiendrai pas 10 ans! Nous, les profs, sommes devenus aux yeux de nombreux parents soit des substituts à l'éducation qu'ils auraient dûe inculquer à leur progéniture, soit des sadiques incontrôlables qu'il faudrait décidément enfermer étant donné tout ce qu'on ose exiger de leurs chers petits...
Merci infiniment pour cet article fort intelligent et fort bien écrit.
Vous pouvez aussi lire:
http://lamauragne.blog.lemonde.fr/2...
jf.
Vous avez exprimé le fond de ma pensée comme je n'aurais sû le faire. Bravo et merci de voir que des gens sont encore censés dans ce pays !
@ Winterrose
Je suis heureux d'avoir l'avis d'un enseignant sur ce fait divers. Qui mieux que vous peut témoigner de ce type de situation et en peser les difficltés?
Je comprend l'appréhension qui vous étreint pour la suite de votre carrière si certains comportements ne changent pas radicalement.
Merci de vos compliments et de la citation sur votre blog.
@ Emeric
Merci également...
J'avais fait un article, mais j'ai eu un bug et pas le courage de le réécrire.
Votre analyse est complètement exacte, et l'enfant roi est pire que le gosse d'immigré de banlieue. Les dicktats des mioches pré-boutonneux et boutonneux sont une réponse au laxisme parental et sociétal. En arriver à déposer plainte en correctionnel, pour une taloche méritée à un morveux qui n'a jamais été éduqué, est un autre signe d'une décadence bien entamée.
Et les mioches qui arrivent...sur le marché ?
Une jeune fille de mon entourage, avec une licence de physique, termine l'IUFM cette année : elle vient de faire un stage de trois semaines 1/2 en CP (ils vont avoir 7 ans en 2008 !!) ; 18 élèves ; pas dans une banlieue.
Si elle n'avait pas eu le soutien de ses collègues, elle lâchait, écoeurée, au bout de quelques jours : deux ou trois de ces charmants petits lui faisaient des bras d'honneur !!
Parents convoqués, réponse amusée : "ils font pareil à la maison, vous savez".
Ben on s'en serait douté, mais comment leur apprend-on à lire et à écrire quand il faut d'abord régler ce genre de "petits" problèmes ? Sans parler du découragement des vocations : pas sûr qu'elle continue.
toujours intéressant tes billetts
et au milieu des eclats de rire qu'il
declenche : ça m'a quelque peu fait sourire : bonne contnuation !
Excellent le sketch de Jean Dell et c'est tellement vrai malheureusement.....
Difficile de trouver mieux en effet pour illustrer le sujet !