Dans l’urgence rendue nécessaire par les dégâts d’un pouvoir d’achat en berne, les petites retraites verront pourtant leurs promesses de revalorisation reculer dans la file d’attente, les bas salaires patienteront jusqu’à l’an prochain pour voir arriver un coup de pouce du SMIC, le chèque transport et les participations attendront encore un peu, les mesures d’accession à la propriété auront du retard… mais Daniel Buren pourra revenir dans la cour du Palais Royal pour s’autocongratuler devant son alignement de verrues polygonales fraîchement rénovées et remises en eau et en lumière.

Pour ce citoyen là, nul besoin d’esclandre démesurée. Sans même prendre la peine de se rouler dedans, il lui aura suffit d’aller uriner une fois sur les parquets vitrifiés de Mme Albanel pour obtenir de celle-ci qu’elle s’exécute séance tenante.
Un chèque de 3,5 millions d’euros qui, à n’en pas douter, s’alourdira d’une discrète mais substantielle rallonge pour frais annexes, mais qui aura l’immense mérite de tempérer les impétueuses fureurs du maître et les épanchements larmoyants de ses admirateurs.

Apprécions sans modération l’empathie dans laquelle se drape notre république bienveillante pour venir au secours des plus désespérés de ses sujets.
Remercions la de sa sollicitude envers ses dignitaires de l’art contemporains, et de venir au chevet de nos artistes exaltés dont la libido amorphe ne s’exprime plus que dans les pulsions masturbatoires que seule la contemplation de leur propre génie artistique leur inspire.

Quand on est aux commandes d’un pays qui se dit en faillite et que l’on fait ce choix de magnifier l’inutile, de justifier la laideur et de cautionner le superflu au point de céder aux caprices d’un excentrique mondain, on se tire une balle dans chaque pied.

Plutôt que de balancer l’argent du contribuable à baisser son froc devant les exigences fantaisistes de cet imposteur, les services de l’état se seraient distingués en chargeant ces colonnes de la discorde sur une paire de semi-remorques et en envoyant œuvre et artiste se faire dorer sous d’autres cieux.

Démago ?

Assurément…
Mais devant de telles aberrations, la démagogie ne devient-elle pas un anti-dépresseur ?!..