Il n’est en effet pas interdit de s’étonner du degrés d’implication de l’exécutif français, et notamment du premier de ses membres, dans une affaire dont les ressorts dépendent exclusivement de la politique intérieure colombienne, et de rappeler qu’au delà de sa double nationalité, Mme Bétancourt est née à Bogotà d’un père ministre puis ambassadeur colombien, qu’elle est leader d’un parti d’opposition colombien, députée puis sénatrice colombienne et que son enlèvement intervient lors de son engagement pour la présidentielle colombienne.

Il faut aussi garder à l’esprit que la ferveur militante de la candidate ce 23 février 2002, l’a poussée à se jeter littéralement dans la gueule du loup au mépris de toutes précautions et des recommandations des militaires lui déconseillant d'aller plus avant en territoire guérilléro.
Même si on ne peut nier le caractère condamnable d’une prise d’otage, quelle qu’elle soit, il est permis de s’interroger sur la mobilisation systématique de l’artillerie diplomatique lourde et des plus hauts fonctionnaires de l’état pour aller sortir des bourbiers internationaux quelques inconscients débordés par leur cause.

On me rétorquera que si cette débauche de salamalecs est justifiée pour sortir des geôles "kadafiennes" une poignée d’infirmières bulgares, il est bien normal qu’elle le soit pour extraire des cages révolutionnaires une ressortissante colombienne "à moitié" française.
Certes..
Mais comment ne pas penser que les interventions podcoastées de Wondersarko auprès des FARC ne vont pas finir comme toutes les autres tentatives : dans la corbeille de la bourse aux otages et au crédit d’une guérilla qui n’en demandait pas tant en terme de notoriété internationale !

Des tentatives qui risquent bien de rejoindre les récentes et obscures manoeuvres du clown lipoïde vénézuélien, émoustillé par la perspective d’une éventuelle libération au nez et à la barbe de "Sarko l’américain" mais dont le fiasco aura suffit à calmer les velléités et poussé à réintégrer ce statut de guignol arrogant que plus gand-monde ne lui conteste.. (Sauf peut-être Jean Luc Mélenchon..)

Et puisqu’on est dans les fiascos, il conviendra, au moment du bilan, de ne pas oublier celui d’un autre guignol, bien français celui-là et expert en barbouzerie : L’opération De Villepin, orchestrée par l’éminent ministre du même nom et dont personne n’a oublié l’épisode foireux de cet Hercule C130 et de son équipage venu exfiltrer secrètement Ingrid Bétancourt. Coup de force tellement discret et bien préparé qu’il n’aura pas résisté à la sagacité de quelques flics de l’aéroport brésilien de Manaus, et qui vaudra à ce commando de bras-cassés de rallier Cayenne sans ce qu’il était venu chercher.

Péripéties qui auront permis à Galouzeau d’user de son éloquence légendaire pour désamorcer un clash diplomatique franco-brésilo-colombien et de se fendre publiquement des plus plates excuses de l’Etat français.

Mais au-delà de ces désillusions, qui pourrait reprocher à la famille Bétancourt de s’en remettre au chef de l’Etat ?
N’a-t-il pas martelé haut et fort qu’il serait celui par qui la libération d’Ingrid passerait ?

Le candidat qu’il était, dans sa frénésie de promesses ininterrompues, a légué au président qu’il est devenu d’insurmontables obligations de résultat !
Et dans ce cas, le prix de la promesse tenue sera à la charge de la Colombie et de sa sécurité intérieure. Car si les FARC accèdent aux requêtes de Nicolas Sarkozy et libèrent la franco-colombienne, ils ne le feront pas en échange de sa Rolex "Daytona" en or blanc.

Raul Reyes (pur produit de la Stasi de l’ex RDA et n°2 des FARC) est tout sauf un lapin de trois semaines !. Il ne consentira à aucune largesse tant que le président colombien Alvaro Uribe ne se résoudra pas à démilitariser certaines zones et à libérer les guérilleros enfermés dans ses prisons.

A l’inverse, s’imaginer un seul instant que M. Uribe va rendre un pouce de terrain à ce ramassis de narcotrafiquants marxistes qui pourrit l’existence de son pays depuis 45 ans sur un simple coup de fil de l’Elysée, tient du fantasme…

Toutes les gesticulations de Nicolas Sarkozy auront bien du mal à amener le sort d’Ingrid Bétancourt au dessus de l’immense gâchis des 200 000 âmes sacrifiées sur l’autel de cette guérilla interminable.

Et en réponse à son insistance, il pourrait bien lui être brandi le spectre du délit d’ingérence et lui être rappelé le statut de personnalité politique de sa protégée, de ses titres et de ses engagements électoraux au service de son pays, qui, jusqu’à preuve du contraire, se trouve être la Colombie.

Mais que connaissons-nous vraiment des tractations en cours ?
Probablement pas grand-chose.

Alors souhaitons à celles de l’ombre de meilleures issues…