Les pressions auxquelles tous ces "pousse leviers" vont être soumis risquent bien de venir de l’exaspération sans précédent de quelques million de français "lambdas" obligés d’évoluer au milieu de ces champs de batailles de paroisses dont ils ont soupé.
Pas sûr, cette fois, que ne passe comme une lettre à la poste le chemin de croix qui les oblige à s’armer de patience et de fair-play pour se farcir quotidiennement les camps retranchés de quelques irréductibles gaulois convaincus du bien-fondé de leur exception statutaire.

On n’est plus en 95, et beaucoup considèrent à juste titre que les 12 ans de rab accordés à ces niches sur mesure suffisent amplement, et qu’il est grand temps qu’ils ne soient plus les seuls à s’avaler les pilules de l’austérité et de l’avenir du système par répartition.
Et pour le coup, leur ressortir les bonnes vieilles diatribes sur le thème de l’instrumentalisation d’un français pour l’opposer à un autre français, risque bien d’être perçu, au mieux comme du réchauffé, au pire comme de la provocation.

Les complaintes sur la pénibilité du métier de cheminot ou les horaires décalés ne prennent plus auprès d’une population éreintée par un pouvoir d’achat sclérosé et qui ne conçoit plus de payer en salaire, en jours de congés et en millier de km d’embouteillage, la défense d’acquis sociaux qui ne la concernent en rien et dont elle ne verra jamais la couleur même dans ses rêves les plus fous.
Idem pour les couleuvres sur les régimes auto financés par les cotisations des agents et autres balivernes qui fleurissent sur une armée de sites gauchistes tous plus imaginatifs les uns que les autres pour vendre aux gogos l’ineptie pour demeurés selon laquelle les 500 000 actifs suffisent à alimenter les 1 100 000 retraités précoces de ces systèmes.

Ce désaveu et ce scepticisme des français, cette fois très perceptibles, risquent bien de changer la donne, d’autant que la radicalisation du mouvement qui se profile ne sera probablement plus ressenti comme une forme d’héroïsme, mais au contraire en rajouteront au raz le bol.

lereste.jpg Parmi les motifs d’exaspération qui peuvent animer les victimes de cette paralysie organisée, on peut citer le comportement de gens comme Didier Le Reste, véritable stalinien du syndicalisme, prêt à tout pour pousser l’actuel patron de la CGT vers la porte de sortie et qui ne va pas se gêner pour utiliser les usagers des transports en commun dont il se contrefout, pour donner un coup de pouce à des ambitions carriéristes qu’il a de plus en plus de mal à dissimuler.

Le mépris.
Voilà bien ce qui ulcère ceux qui ne demandent qu’à reprendre une vie normale.
Ceux qui n’aspirent qu’à une chose : que l’on cesse une fois pour toutes de mener des règlements de compte corporatistes sur leurs dos.
M. Le Reste, lui, n’a que faire de ce genre de considération. En tenir compte serait accepter l’idée d’un syndicalisme moderne et responsable.
Autant dire qu’à moins d’un lavage de cerveau, d’une illumination divine ou d’un séjour prolongé sous hypnose, ces prémices de bon sens ne sont pas à l’ordre du jour !


Ces paramètres seront donc déterminants, d’autant que les contre-manifs s’organisent ça et là face au durcissement du conflit et qu’il sera difficile désormais de ne pas en tenir compte.
Il en est un, pourtant qui a compris en vieux baroudeur qu’il est, que le salut ne passera pas cette fois ci par le jusqu’auboutisme irresponsable de sa base.

C’est Bernard Thibault.

Il sait mieux que quiconque que rien ne fera revenir Xavier Bertrand sur les 37,5 annuités, et que persister dans ce sens est une connerie stratégique qui va envoyer tout ce beau monde droit dans le mur.
Le deal qui était sur le point de passer cette fin de semaine entre partenaires sociaux était, et de loin, la moins pire des sorties pour tout le monde.

Thibaut.jpg Les moins obtus l’avait compris : si l’accord avait été conclu dans l’état, cette réforme des régimes spéciaux n’avait plus de réforme que le nom.
Personne n’est dupe, et ce que les leaders syndicaux auraient signé n’était rien d’autre qu’un nouveau régime spécial aménagé, concocté sur mesure, et encore à des années lumière du régime général.


La base n’en veut pas, la sortie de crise ne passera pas par là.

On a donc décrété autour des braseros des piquets de grève, que l’usager était encore "compressible" et parfaitement apte à ronger son frein quelques jours supplémentaires.
Il appréciera..

Mais le véritable enjeu de ce rapport de force est-il bien le sort des retraités du rail ou du gaz ?
Quand cette grève aura fait la jonction avec celle des fonctionnaires, ne serons nous pas devant un troisième tour ?
Le fameux troisième tour social…

Si c’est le cas, l’équation est limpide :
Les grévistes baissent la garde, la réforme passe, ouvre la porte aux suivantes et à la suite du programme..

Le gouvernement baisse la garde, plus aucune réforme ne passe, le pays se recroqueville sur ses archaïsmes et prépare le terrain pour des socialistes qui n’en demandent pas tant…

En un mot, s’il suffit des hurlements de 500 000 insatisfaits chroniques pour faire tomber le pantalon présidentiel sur le perron de l’Elysée, l’intéressé peut dire adieu à son quinquennat et à tout ce qu’il était censé contenir.

On n’ose le croire d’un candidat élu pour réformer…