Car à la lecture de l’appel du SNES (pour ne citer que lui) à ne pas lire cette fameuse lettre de Guy Môquet à nos chères têtes blondes, on entrevoit avec précision dans quel gouffre de bêtise certains de ces profs syndiqués de notre Education Nationale entraînent avec eux les mômes que nous leur confions.

A considérer les motifs avancés pour justifier leur fronde, on se prend à se demander si nous ne sommes pas les invités privilégiés de leur dîner de cons.

C’est ainsi qu’on apprend qu’il leur est impossible de "contextualiser sérieusement cette lettre en dehors du chapitre consacré à la France pendant la guerre et à la Résistance."...

Qu’il leur semble inconcevable de "perturber une progression pédagogique construite selon une logique précise s’inscrivant dans le respect des programmes."...

Qu’ils risquent de céder à la tentation de "prendre les élèves à témoin des contradictions et des dérives de l’Exécutif, et de mettre à mal leur souci de neutralité ou d’objectivité par rapport à une situation politique."...

On apprend aussi que "Parler de Guy Môquet avec des secondes, qui étudient actuellement la Grèce antique, est aberrant. Les élèves, qui ont tendance à manquer de repères temporels, vont tout confondre."...

Que certains doutent "que cette idée de sacrifice pour la patrie soit un exemple pour la jeunesse en ces temps d'actualité terroriste"..

Qu’ils ne sont pas là pour "séduire les esprits avec du pathétique"...

Certains y déplorent le risque de "voir le lycée se transformer en arène politique" et dénoncent avec effroi "une inacceptable ingérence du pouvoir"

Que d’obstacles infranchissables, que de difficultés insolubles en effet..
Si insérer une fois l’an dans l’emploi du temps la lecture d’une lettre de vingt lignes et organiser un forum autour de celle-ci paralyse à ce point le corps enseignant et lui fait craindre l’insurmontable chaos pédagogique et les désastreuses déprogrammations précités, on comprend un peu mieux pourquoi nos gosses de 2007 arrivent en seconde avec le niveau général du même gosse de 5eme.. en 1960.

Quant à l’instrumentalisation et l’intrusion perverse de la politique dans l’univers scolaire si vigoureusement vilipendés, on croit rêver, tant les murs de ces sanctuaires que sont nos écoles renvoient encore distinctement l’échos des excès de leurs propagandes gauchistes déguisés en cours d’histoire/géo, et des slogans ouvertement réactionnaires de leurs conflits sociaux dont ils se soucient peu de savoir s’ils auront une quelconque incidence sur les cerveaux en devenir qu’ils ont en face d’eux.
On notera au passage que le bouleversement de la progression pédagogique et l’entorse au programme générés par Sarko et sa lettre, sont donc considérés par ces enseignants comme étant bien plus dévastateurs pour nos enfants que leur taux d’absentéisme exponentiel, qui lui, ne se discute même pas.

Aller trouver dans ce texte autre chose qu’une volonté, certes un peu simpliste, de rappeler quelques valeurs basiques, et développer sur son dos un argumentaire de contestation aux ficelles tellement grosses qu’elles en sont grotesques, jettent un peu plus de discrédit sur une profession dont heureusement, une immense majorité des membres a infiniment plus de plomb dans la tête que les indécrottables corporatistes qui les représentent.

La même lettre, lue le même jour sous l’impulsion d’une Ségolène Royal assise en lieu et place de Nicolas Sarkozy, aurait valu d’être encensée et acceptée dans l’état par les mêmes imbéciles qui aujourd’hui agitent, sous la bannière de leur "bienpensance", leur gueule de bois tenace qui a suivi la branlée socialiste de mai dernier.

Quelle tristesse de voir ces deux honorables vocations que celles de professeur et de syndicaliste, ternies par des acteurs sociaux empêtrés dans de minables batailles d’arrière garde, et dont le moteur ne fonctionne pas autrement qu’au mélange "libertaire/contestataire/transgressif"…
Les mêmes acteurs sociaux "rebelles et insoumis" qui réclameront demain à corps et à cris à l’Etat qu’il leur donne les moyens de réinstaurer discipline, respect et obéissance dans leurs classes…

Ceux-la même qui préfèrent de loin se regarder dans leur tableau noir plutôt que de croiser leur mauvaise foi chronique dans le miroir.