Il leur faudra des trésors d’imagination pour faire admettre à cette femme, tombée sous les coups de son mari violent en 2003, le bien fondé de la décision du tribunal correctionnel de Dunkerque qui vient de la condamner à 3 mois de prison avec sursis pour "soustraction d’enfant", et à verser 800 euros de dommages et intérêts à son bourreau pour "non communication de sa nouvelle adresse"…

Car hormis quelques neurones atrophiés rescapés d’une récente lobotomie, on voit mal ce qui a pu pousser ce juge à prononcer un tel verdict, qui n’aurait pas fait tache dans le plus caricatural des tribunaux islamiques yéménite.

Sa fibre déontologique ne s’est visiblement pas sentie titillée par l’absurdité de la peine qu’il s’apprêtait à prononcer.
Pas plus, d'ailleurs, que sa conscience ne s’est embarrassée de questions au moment de rajouter de l'injustice.. à de l'injustice.
Comme si le classement sans suite de la plainte déposée à l’encontre de ce mari violent quatre ans plus tôt, n'était pas à lui tout seul, suffisemment indigeste !

C’est dans ce contexte qu’il faut imaginer la scène de cette mère de famille, dont les enfants ont eux-mêmes alerté les pompiers qui l’ont trouvée inanimée, qui a eu le courage de dénoncer son abruti d’époux et de fuir ce cauchemar... subissant l'humiliation d'écouter sans broncher la prose de cet éminent représentant de notre justice en train de lui infliger calmement trois mois de prison avec sursis et 800 euros de dommages et intérêts...
En la regardant droit dans les yeux.

Surréaliste…

Dans la foullée et sa miséricordieuse clémence, ce tribunal prononcera un non lieu à l’endroit de l’association Sedire venue au secours de Mme Aynur B., ainsi qu’ à sa présidente, à qui le mari voyou reprochait d’ avoir caché la nouvelle adresse de sa femme.

Voilà qui est réparé !

La justice vient de restaurer à ce "père de famille", son droit plein et entier… de finir de casser la gueule de son épouse, mais cette fois à l’adresse indiquée, et d'obliger sa victime à s'acquitter du droit de se faire "achever" par le versement de la modique somme de 800 euros !


Il va de soit que devant une telle parodie de jugement, une procédure en appel s’impose.

Car en rester, comme c’est le cas ici, à l’application stricto sensu de cette fameuse loi 2002-305 du 4 mars 2002 et de son article 373-2, est non seulement irresponsable, mais d’une vertigineuse stupidité.

Votée par le gouvernement Jospin sous l'impulsion d'une certaine Ségolène Royal, et validée, comme souvent, sans en avoir fixé d'indispensables gardes-fou, cette loi est indéniablement à mettre au dossier du chantier colossal qui attend notre justice.

Mais dans l'immédiat, seule la cour d'appel est en mesure de ramener un peu de sérieux et d'intelligence dans cette mascarade.

S’il en était autrement, comment ressentir autre chose que de la honte devant un système judiciaire qui, par des décisions aussi ubuesques, avaliserait définitivement les actes d’un type qui envoie la mère de ses enfants à l’hôpital, fuit à l’étranger pour échapper à la justice, revient dans le pays sans être inquiété, exige de sa victime qu’elle paye pour avoir osé s’en protéger et obtient qu’on lui rende son rôle de père dont il est parfaitement indigne…

En disant cela, ne suis-je pas en train d’ essayer de me convaincre qu’une démocratie comme la notre ne peut se contenter de regarder passivement ce genre de spectacle indigne dans ses tribunaux, et d’assister sans rien dire au délitement de sa justice ?...

Peut-être…

Une chose est sûre :
Si rien n’ est fait, des Aynur B. massacrées par des maris violents puis éreintées par des juges décérébrés qui se contentent de réciter les articles du code pénal, vont venir rapidement grossir les piles de dossiers entassés sur le bureau de Mme Dati.

Au boulot Mme la Ministre !..