Je venais de consacrer ce début d’année 1992 à concrétiser un rêve qui me taraudait bien avant l’age légal du permis de conduire : acheter une voiture de course, prendre une licence… et courir !

Mon frangin de copilote, mordu lui aussi jusqu’à l’os, et une bande de potes super dévoués, feront arriver à son terme ce qui ressemblait de plus en plus à un rêve éveillé.
Chasse aux sponsors.. 5000 francs par ci, 10000 francs par là, ou 10 bidons d’huile généreusement offerts, et nous voilà avec un maigre budget, mais un budget quand même.
Combinaisons, casques, gants, bottines tout neufs, des stickers partout sur l’auto, nos noms prénoms et groupes sanguins sur les ailes avant et la mentonnière de l’intégral.
Engagement envoyé et réglé..
Un mois entier de reconnaissances à "limer" et "re limer" le parcours, notant la moindre corde sale, ou le piège caché dans une trajectoire qui vous envoie dans les arbres sans scrupule..

Résultat : le vendredi 27 mars 92, notre Citroen AX sport rouge et jaune passe avec succès les vérifications techniques, et entre avant midi dans le parc fermé de Lyon Gerland avec le N° 130 sur les portières.

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Heure de départ : 21h10..

Des heures d’attente et de stress que le froid polaire de cette fin mars ne fait qu’attiser, et que nous occupons en regardant s’élancer les voitures qui nous précèdent et que le chronométreur "lache" de minute en minute dans la super spéciale de 2 Kms autour du palais des sports..

Histoire de resserrer un peu le nœud qui tord nos estomacs, un jeune pilote va, devant nous, rater un freinage après 300 mètres de course, et enrouler sa 205 rallye autour d’un énorme platane.
Le bruit terrible du choc résonnera dans nos tronches jusqu’à 20h52, ou le moteur de l’AX "craque" enfin et remplit l’habitacle de sa sonorité grave et métallique.

charbo_92_2.jpg 21 h00. Nous sortons du parc, rassurés par la famille et les amis venus nous soutenir.

21h05. Nous montons en douceur sur le podium de départ pour une courte interview au micro, et les encouragements de l’animateur pour notre premier rallye.

21h 09mn 55s . Nous sommes casqués, sanglés et morts de trouille, les yeux rivés sur la main du commissaire qui va égrener les cinq dernières secondes en repliant ses doigts l’un après l’autre. Notre souffle est de plus en plus court dans l'intercom qui nous relie..

21h 10mn 00s. La main du commissaire disparaît, l’embrayage métallique et les 120 cv du petit 1300 cc sur vitaminé nous propulsent dans la nuit..

La seconde suivante, nous sommes seuls au monde, à peine reliés au monde réel par les silhouettes des centaines de spectateurs se découpant furtivement dans le cône de lumière tremblant des 600 watts de la rampe de phares.

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La suite est un concentré de sensations incroyables, de poussées d’adrénaline hallucinantes, de frayeurs à glacer le sang, de concentration maximale OBLIGATOIRE, de contraintes physiques terribles et de plaisir incomparable..

Trois jours, 18 épreuves spéciales et 730 Kms (dont 203 de chronos) plus tard, nous nous arrêtions à l’entrée du parc fermé de fin de rallye pour le dernier pointage, dans une voiture couverte de boue mais sans une égratignure.
Rien ne nous aura été épargné pour une première expérience : froid, pluie, neige, vent, routes à peine praticables…

Tout ce qui fait la singularité de cette discipline pour un baptême du feu !

Bien sur, dans les mois et les années suivants nous poursuivrons l’aventure dans tous les coins du département, mais ce Rallye de Charbonnières 1992 restera à jamais le symbole d’un rêve de gosse : devenir pilote de rallye..

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Même à mon modeste niveau, la descente d'un col au revêtement aléatoire de 3 mètres de large, bordée de sapins bicentenaires qui n’autorisent AUCUN écart de trajectoire, le tout entre 160 et 180 km/h et à la lueur des phares, aura laissé les traces indélébiles de sensations qui relèguent tous les Space Mountains du monde au rang de toboggan de square !.

Est-ce en observant, ce samedi, les visages couverts de sueur et les regards hallucinés des pilotes stoppant leurs autos fumantes aux points stop de fins de spéciale, que sont remontés à la surface toutes ces images ?
Ou bien une offensive sournoise de ce virus dont on ne se débarrasse jamais complètement ?

En arrivant chez moi, je n’ai pu retenir un petit coup d’œil sur la petite AX qui depuis a changé de couleur, et qui dort dans le fond de mon garage couverte de poussière..
Jamais je n’ai trouvé le courage de m’en séparer..
Cette sensiblerie ridicule pour un tas de ferraille en a fait sourire plus d’un. (Et plus d’une..)

Mais comment se résoudre à faire disparaître ce qu'il reste de la plus exaltante période de sa vie ?

Celle d’il y a 15 ans.. Déjà…