Tellement blasés que même les manœuvres les plus grossières du chef de l’état sortant pour assurer ses arrières ne font pas débat.

Qu’ont-ils bien pu s’imaginer à la rédaction du Herald Tribune ?

Qu’en France, pour fragiliser un haut fonctionnaire de l’état, il suffirait de produire un dossier gros comme six bottins, de corruptions, fraudes, détournements et autres abus en tous genres sur le bureau d’un juge d’instruction ?!
S’ils en sont arrivés à ce type de conclusion, ils connaissent bien mal notre république !

Car si à Washington il n'est pas choquant d'éjecter un prétendant à l’investiture pour une coucherie extra conjugale, ou de sommer un président en fonction de faire son méa culpa en "prime time" pour s’être fait "bucco-soulager" par une stagiaire ... à Paris le seuil au-delà duquel il est convenu de rendre des comptes à la nation, serait-ce même pour de graves manquements, n’a pas encore été fixé..

Qui peut croire sérieusement au début d’un commencement de mise en cause de Jacques Chirac dans tout ce qu’il trimbale comme affaires, dans ce pays incapable de faire tomber un Charles Pasqua, pour ne citer que lui, dont le caca sous les ongles se voit dès qu’il sort les mains des poches depuis bientôt vingt ans ?!..

Les français ont depuis bien longtemps compris que cette forme d’impunité appliquée à nos grands hommes d’état, est à considérer comme une composante officieuse de notre constitution, et ils s’y sont résignés.

A tel point que certains se demande pourquoi faire tout un fromage pour quelques faux électeurs, deux ou trois emplois fictifs ou une dizaines de marchés truqués.
La presque banalité de ces pratiques tend à nous en faire oublier la gravité en terme d’éthique et d’engagements républicains, même quand dans le même temps, nos voisins d’Europe du nord nous donnent des leçons de civisme en n’hésitant pas à épingler un ministre pour l’achat d’un kilo de sucre avec de l’argent public !

Du coup, on trouve presque normal qu’un Chirac décide, avant de partir, et contre l'avis du conseil supérieur de la magistrature, de placer au sommet du tribunal de Nanterre et de celui de Paris, deux comparses avec qui il partage régulièrement sa tête de veau ravigote et son pack de Corona.

Après tout, nous n’avions pas trouvé grand-chose à redire à la réquisition de nos impôts par François Mitterrand pour subvenir à l’éducation, la sécurité et l’ébergement du fruit de ses tringlades présidentielles illégitimes.

Alors ses quelques frasques ne méritent sûrement pas de refonte abracadabrantesque de nos traditionnelles petites convenances et arrangements de fin de mandat, et sa vibrante déclaration d'amour au peuple français devrait largement étouffer les quelques velléités revanchardes qui subsistent...

" Plus c’est gros, plus ça passe !" a l’habitude de dire notre futur ex-président, piochant dans son inépuisable catalogue de petites phrases triviales.
Une chose est sûre, plus c’est gros, moins la classe politique redore son blason, et les dernières enquêtes qui révèlent que près de 80 % des français préfèreraient confier à la société civile le renouveau de la vie politique plutôt qu’à nos énarques, en attestent sans ambiguïté.

Mais de ce constat, le Chi’ n’en a plus que faire !

Et s’il devait répondre aux journalistes du Herald Tribune, il les gratifierait probablement de son trop fameux :
"Ca m’en touche une sans faire bouger l’autre !.."