Assurément, trainer par la barbiche le Grand Rabbin de Lyon devant un tribunal compétent demande un certain courage politique et un regard décomplexé sur une communauté à la susceptibilité exacerbée.
Donc autant dire que les propos tenus par Richard Wertenschlag dans Lyon Capitale le13 février 2007 vont passer discrètement par pertes et profits, et n’auront d’autres effets que de rester en travers de la gorge d’une autre communauté : celle des homosexuels de ce pays.

Pourtant, sans entrer dans le débat de fond, si l’on considère comme justifiée la comparution du député Christian Vaneste pour ses positions ambiguës, on se demande bien pourquoi les divagations méprisables de ce rabbin ne mériteraient pas le même traitement.

Même symptômes, même maladie dites-vous?..
Peut-être.. Mais pas la même ordonnance !

Il est intéressant, au passage, de constater que cet article de Lyon Capitale fait suite à une réflexion sur le mariage homo organisée par les neuf églises officielles lyonnaises, réunies dans une sorte de.. conclave (le "G9", d’après eux..).

De ces débats, que l’on imagine placés sous le signe de l’élévation spirituelle, de la tolérance et de l’ouverture vers la foi du 25eme siècle, est née une déclaration conjointe qui condamne sans appel le mariage civil gay ou lesbien.

A part l’église protestante (qui se désolidarise d’ailleurs vigoureusement !), le reste des chefs curetons a fait l’union sacrée, avec, en prime, les commentaires poétiques de ce rabbin espiègle et facétieux.

A la décharge de M. Wertenschlag, les états de service de ses petits camarades du "G9" n’engendrent pas la modération ni le raisonnable.

Le cardinal Barbarin, qu’on ne présente plus, est plus du genre à réinstaurer le port du cilice, que disposé à voir ses ouailles évoluer avec leur temps.

Quant à Azzedine Gaci, président du CRCM de Lyon (Centre Régional du Culte Musulman), la seule évocation de son appartenance à l’UOIF rend inutile tout commentaire.

Je le dis sans hésitation, je ne suis pas particulièrement favorable au mariage homo. Mais j’ai à ma disposition mille façons démocratiques de défendre cette position et d’argumenter si le débat se présente.

Le Grand Rabbin de Lyon, lui, s’en tiendra aux écrits bibliques dont la stupidité n’a d’égal que l’instrumentalisation malsaine qu’il en fait.

Quand on voit le mal que se donnent les principales religions monothéistes à s’observer du coin de l’œil depuis des siècles, et passer leur temps se baver sur les rouleaux, il est consternant de voir qu’au moindre sursaut de modernité ou d’évolution des meurs, le cessez le feu est immédiatement instauré !
C’est "resserrage de boulons" dans l'urgence et "union sacrée" proclamée, pour défendre bec et ongle cette citadelle du rigorisme et de l’immobilisme que constituent LA FOI, des assauts de plus en plus ardents d’un monde qui change..

L’union interreligieuse affichée contre Charlie Hebdo en est une démonstration récente..

Le mot de la fin, que je laisse au philosophe Michel Onfray, serait un excellent sujet de méditation pour notre ministre des cultes bien trop occupé à fouetter d'autres chats :

"Ça fait des siècles que ça dure. Aujourd’hui, les religions n’ont plus les moyens de brûler, ni de massacrer, elles se contentent d’envoyer des communiqués à l’AFP. Les grandes religions monothéistes se construisent sur le refoulement des passions, de la sexualité.
Que les religieux signent ensemble un texte, c’est nouveau. Mais ça ne m’étonne pas. Malgré les guerres de religion, les religions sont complices. Pour gouverner la planète, ils s’entendent. Même si chacun se bat pour le monopole, ils font cause commune contre la modernité."